lundi 12 décembre 2016

Propos de Valls sur les Rroms: la Cour européenne des droits de l'Homme saisie

Lancé dans sa course à la présidentielle, Manuel Valls vaut déjà à la France un procès devant la Cour européenne des droits de l’Homme pour ses propos sur les Rroms en 2013. Après que la justice française ait refusé de se prononcer, La voix des Rroms a porté l’affaire devant les juges européens. Cette saisine peut aboutir à une modification du statut pénal des ministres et à la suppression de la Cour de justice de la République, qui fut une promesse, non tenue, de François Hollande.
Au courant du mois de septembre 2013, Manuel Valls avait déclaré publiquement que les Rroms « ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation» avec les populations locales, et que par conséquent ils auraient « vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie ». Cette communication culturaliste et stigmatisante au niveau de l'État fondait alors la discrimination de masse en tant que politique sociale. Le MRAP avait alors saisi la Cour de justice de la république, une juridiction d’exception compétente pour juger les membres du gouvernement. Dans son rôle de filtrage, la commission des requêtes avait classé sans suite la plainte du MRAP.

La répression systématique trouve dans le discours de M. Valls un aval politique
Crédit photo: Ludovic Versace
La voix des Rroms avait quant à elle saisi la justice pénale de droit commun, estimant que les propos de Manuel Valls se situaient en dehors de l’exercice de sa fonction ministérielle. Cependant, la justice française en a décidé autrement et a refusé de se reconnaître compétente, laissant ainsi non seulement impunis, mais en dehors de tout examen juridique possible ces propos.
Ayant épuisé toutes les voies de recours internes, La voix des Rroms a saisi la Cour européenne des droits de l’Homme. Ce faisant, elle espère que la décision de cette cour aboutira à un changement du statut pénal des ministres et à une plus grande égalité de tous devant la justice. En ces temps de populisme triomphant, il est non seulement paradoxal, mais extrêmement dangereux pour les libertés, que des membres du gouvernement puissent inciter à la haine et à la discrimination sans qu’aucun recours de droit ne soit possible. Il en va du respect par la république de ses principes fondateurs et de la garantie de leur pérennité.  

La voix des Rroms tiendra une conférence de presse ce mercredi 14 décembre 2016 à 10 heures, dans la Médiathèque Matéo Maximoff (59, rue de l'Ourcq, 75019 Paris), en présence de son avocat Me. Henri BRAUN
Aussi, témoigneront à cette conférence de presse de l'impact de ces déclarations sur leur vie quotidienne: Anina CIUCIU, élève avocate, auteure de l’autobiographie “Je suis tsigane et je le reste”, Spartacus URSU, Comédien, acteur principal du film “Spartacus et Cassandra” (présenté au festival de Cannes en 2015), Larisa STOICA, médiatrice à l’association pour la scolarisation des enfants tsiganes (ASET 93), Liliana HRISTACHE, présidente de l’association Rom reussite, leader de la récente mobilisation des Rroms de Montreuil (93) et Cristian DAMIAN, ancien résident du bidonville du Samaritain (La Courneuve), expulsé en 2015. 


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samedi 29 octobre 2016

Responsable dans l'internement des nomades, la République doit se saisir aussi des discriminations actuelles

La voix des Rroms salue la reconnaissance par le chef de l’Etat de « la responsabilité de la République » française dans le « drame » que fut l’internement des nomades entre 1940 et 1946. Elle appelle à une action déterminée et volontariste de l’Etat afin d’assurer à tous les conditions d’un exercice normal de leurs droits fondamentaux.  



Il n’est jamais trop tard pour reconnaître ses erreurs, et la république grandit à chaque fois qu’elle reconnaît les siennes, dès lors que cette reconnaissance ne s’inscrit pas dans une repentance stérile quant aux effets sur le présent. 

Le fait est qu’encore aujourd’hui, des survivants de cet internement et leurs descendants subissent une discrimination systémique et violente, cristallisée entre autres dans la loi discriminatoire de 1969 sur les « gens du voyage » que le législateur ne semble pas disposé à abroger. Le présent reste marqué par des expulsions forcées de « gens du voyage » et de « roms » dont la dignité d’êtres humains est sacrifiée à l’autel de l’incohérence des politiques publiques. Il reste marqué par des milliers d’enfants privés de leur droit fondamental à l’éducation, pourtant garanti par des textes nationaux et internationaux. Ce seront bientôt autant d’adultes exclus d’un exercice normal de la citoyenneté, leurs parents l’étant déjà très souvent. 

Il y a de la grandeur à reconnaître ses erreurs, à quoi nous ajoutons les mots de Jules Vallès : « de l’instruction naît la grandeur des nations ». La France grandirait à effacer cette tache qui subsiste dans sa loi par le régime discriminatoire des « gens du voyage ». Elle grandirait à mettre fin aux expulsions sans alternative que subissent ces derniers comme les « roms ». Il est impossible de réparer le mal qui a déjà été fait, mais il est temps d’éviter d’autres maux qui ont toujours cours. 


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mardi 19 juillet 2016

Expulsion des Rroms de Coignet : nouveau désastre de l’Etat défaillant



Plus que jamais l’État français doit faire face à ses responsabilités et à ses devoirs : respect de la dignité, de l’intégrité et de la sécurité des personnes qui vivent sur son territoire. Nous ne sommes pourtant qu’au début de l’été et nous sommes inquiets de certaines pratiques obscures qui ne servent qu’à stigmatiser les personnes vivant en bidonville. Malgré plusieurs rappels à la loi (le Défenseur Des Droits ou encore Amnesty, CEDH, etc.) l’État ne répond pas à ses obligations les plus fondamentales.




Le bidonville Coignet expulsé le 6 juillet dernier accueillait 150 personnes pour la plupart Rroms de nationalité roumaine. L’État, par le biais d’Adoma (opérateur) intervenait sur le terrain  en proposant, à l’origine du dispositif, à une dizaine de familles un suivi pour l’accès à l’emploi. La mairie avait par ailleurs mis en place un accès à l’eau potable, un ramassage régulier des ordures ménagères et l’accès au WC.
En octobre 2015 le Tribunal de Grande Instance de Bobigny avait signalé que les risques d’atteinte aux droits fondamentaux des habitants étaient trop importants notamment en l’absence de solution de relogement digne et de scolarisation pour les enfants, c’est pourquoi le TGI de Bobigny a accordé un délai de 8 mois pour procéder à l’expulsion. Ce qui ramenait l’expulsion au 27 juin 2016.
Le 21 juin 2016 à 6h30 la police procède à une distribution massive « mais nominative » d’Obligation de Quitter le Territoire (OQTF), on dénombre 50 OQTF distribuées ce jour-là. Les forces de l’ordre font sortir des baraques toutes les personnes présentent et séparent les enfants des adultes. Aucune possibilité de s’en sortir. La police encercle le terrain. Ce phénomène est rare, d’autant que certaines des ces OQTF ont été distribuées même à des personnes suivies par l’État (Adoma). Aujourd’hui 45 demandes d’Aide Juridictionnelle ont été déposées auprès de l’avocate pour protester contre ces OQTF.
Durant les mois d’avril jusqu’à juillet 2015 l’État a procédé à un diagnostic des personnes vulnérables afin de leur proposer, en priorité, une solution d’hébergement et d’accompagnement. Ce diagnostic date de presque un an et n’a plus aucune valeur puisque beaucoup de ces familles n’étaient plus présentent au moment de l’expulsion. Par ailleurs la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a été saisie en urgence pour faire stopper l’expulsion. Malgré le soutien de la CEDH, des militants sur place et de l’avocate des familles l’expulsion a bien lieu. Dans la minute tout était détruit. Les biens censés être préservés pour que les familles puissent les récupérer pendant une durée de un mois, déjà détruits par les bulldozers. Depuis mars 2016 Adoma a assuré la prise en charge vers l’accès à l’emploi de 4 familles. Sur ces 4 familles seules deux d’entres-elles ont pu obtenir une solution d’hébergement suite à l’expulsion.



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jeudi 23 juin 2016

Déclaration d'indépendance du Mouvement du 16 Mai : #RromaniResistance

Texte prononcé sur scène en Français, Rromanes et anglais, à l’ouverture du bal politique de la Fête de l’Insurrection Gitane (www.insurrection-gitane.com) le dimanche 15 Mai 2016 sur le parvis de la Basilique de Saint-Denis.









"Nous, Rroms, sommes beaux.


Mais partout votre monde nous enlaidit.


Sur vos trottoirs, dans vos prisons, dans les bidonvilles que vos États nous font,


Votre monde nous enlaidit sauf dans vos rêves, dans vos cirques, sur vos scènes, ou dans vos films, 


Votre imagination est notre espace politique. Il n’y a que dans vos rêves que nous sommes libres.


Nous ne vous apparaissons jamais qu’avec un masque pour vous plaire ou nous soumettre.


Ce jeu est si vieux qu’à vous comme à nous il semble naturel.


Et même lorsque les Etats tentent de nous détruire, c’est toujours devant vos propres juges que vous les faites comparaitre. Et tous sont absous.


Et à la fin, dans vos tribunaux, même nos morts sont toujours présumés coupables.


Raymond Gurême, notre grand-père à tous, a survécu au « génocide des tziganes »
Il nous fait l’honneur, encore cette année, d’être avec nous à cette fête de l’insurrection gitane. Il est pour nous un exemple, un héros !


Lorsqu’à son âge, il est battu chez lui par des policiers, le procureur classe sa plainte et fait sur lui peser la suspicion : parce qu’étant ce qu’il est c’est bien qu’il a dû mérité ces coups de bâton.


Il y aussi tel grand historien de l’ « holocauste », Gunther Levy, ou tel haut fonctionnaire du Conseil de l’Europe qui formulent l’étrange hypothèse raciste que la cause de la violence qui nous est faite serait en nous.


Même lorsque les États tâchent de soigner le mal que vous voyez nous ronger la vie : la vieillesse au visage d’une jeune maman, l’infection du foi d’un fils qui meurt à 26 ans, les poumons de jeunes filles empoisonnées par le voisinage d’une usine de béton, le cadavre carbonisé d’un nourrisson dans la misère de vos villes, c’est avec l’idée que la source de ce mal est en nous, et que pour le soigner, il vous faudrait nous faire cesser d’être nous-mêmes. C’est ce qu’on appelle l’intégration, qui est une autre manière de nous détruire.


Il suffit de regarder : plus les politiques publiques d’intégration croissent en intensité, plus les nôtres souffrent partout en Europe. Mais désormais nous savons, ce n’est pas en nous qu’est la source du mal dont nous mourrons. Et à mesure que nos souffrances progressent, vos monstres politiques apparaissent : vos barbelés, vos polices des frontières, les camps de concentration en Grèce où vous gardez des réfugiés. Même la mer méditerranée qui vous a enfantés devient un charnier. Et soyons sûrs, mes frères et mes sœurs rroms, que ce dont meurent les enfants, les femmes et les hommes qui arrivent d’Afrique ou de Syrie, c’est du même mal que nous. Nous mourrons tous de cette Europe !

Aujourd'hui, en mémoire de la révolte des Femmes et des hommes qui se sont soulevés le 16 Mai 1944 dans les camps des « familles tizganes de Auschwitz II-Birkenau », nous, Hommes et femmes rroms vivants, déclarons la création du « Mouvement du 16 Mai »


Le « mouvement du 16 Mai » est une organisation politique rrom autonome, une médecine par quoi nous avons décidé de soigner nous mêmes le mal dont nous souffrons. Nous vous sommes grés de vos médecines mais elles nous ont jusqu’ici été un poison. Notre santé ne dépend que de nous. Nous savons désormais que ce n’est pas en vous imitant que nous irons mieux, car nous savons que vous aussi êtes malades.


Quand nous nous serons lavés de la laideur, soignés des cicatrices que votre racisme, votre violence, votre pitié ont marqués sur nos peaux, c’est vous qui voudrez nous ressembler, et pas seulement en portant nos jupes et nos chapeaux. Vous voudrez ressembler à ce que nous sommes et tels que vous ne nous avez jamais vus. De notre santé dépend aussi la votre. Car si nous sommes ceux qui souffrent, le mal est parmi vous.


C’est pourquoi le Mouvement du 16 Mai est une déclaration d’indépendance et une déclaration d’amour. La nuit du 2 Août 1944, quand quelques 3000 Femmes, hommes et Enfants Rroms ont été instantanément détruit par le gaz, l’instant d’avant, dans l’antichambre, un membre du réseau de résistance de Birkenau qui survivra a vu, et raconté ce qu’il décrit comme « un spectacle inhabituel qu’il n’avait encore jamais observé dans cette horreur: des hommes serraient passionnément leur femme dans un ultime étreinte, et donnaient ainsi adieu à l’être le plus cher qu’ils avaient au monde - comme à leur propre existence. »


Cet amour-là, c’est ce que nous appelons le « soulèvement de la vie nue », c’est l’acte politique à quoi nous voulons être fidèles, c’est la promesse à quoi nous voulons être tenus. C’est au cœur de cette nuit éternelle que le Mouvement du 16 Mai, la Fête de l’insurrection gitane et tout le mouvement international Rromani Resistance veut porter le présent. Depuis ce point irradiant la nuit d’intensité amoureuse, Nous, les Rroms, sommes désormais éternellement vivants et debout !"



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mercredi 15 juin 2016

Au Bourget, policiers et riverains sont-ils « tout permis » contre les Rroms ?

Le 13 juin dernier,  la police municipale du Bourget a procédé à l’expulsion brutale et probablement illégale d’une maison vide occupée par 7 hommes, femmes et enfants Rroms.  Les occupants étaient depuis des jours l’objet d’intimidations et menaces de leurs voisins. Alors que l’ONU s’inquiète des violences policières en France, La voix des Rroms s’alarme de la gravité de leurs conséquences sur la vie quotidienne des personnes les plus vulnérables. Le pôle « Déontologie de la sécurité » du Défenseur des Droits a été saisi.





Le 18 avril dernier La voix des Rroms était invitée à Genève pour témoigner devant le Comité contre la torture de l'ONU qui examinait la situation française, notamment sous l’aspect des violences policières.

Depuis, la réalité témoigne quotidiennement de l’intensité et de la banalité de cette violence en direction des Rroms migrants.

"une nouvelle expulsion particulièrement  violente" 


Ainsi, 7 hommes, femmes et enfants, anciens résidents du Bidonville du Samaritain, -dont l’expulsion brutale avait fait en Aout 2015, l’objet de condamnation fermes du Défenseur des Droits, et du Commissaire aux Droits de l'Homme de l'ONU- ont fait l’objet, le soir du 13 juin dernier, d’une nouvelle expulsion particulièrement  violente et dont la justice devra décider de la probable illégalité.

Depuis 10 jours, Costel, Rrom de nationalité roumaine, son fils, et une autre famille composée d’un couple, une grand-mère et deux enfants, s’étaient installés dans une maison vide au milieu de quartier pavillonnaire de classe moyenne blanche de la commune du Bourget, après avoir été victimes d’une nouvelle expulsion.

Lors de la première visite de la police nationale à leur nouveau logis, Costel et ses amis ont présenté une preuve de ce que leur occupation avait plus de 48 h d’ancienneté. Cette preuve a été reconnue par ces policiers du commissariat de La Courneuve. Elle garantissait donc qu’une éventuelle expulsion ne pourrait être que le fait d’une décision de justice, laissant ainsi  aux occupants  de la maison un certain  répit.  

Mais visiblement ce souci de la justice ne semblait pas être du goût de tous. En effet, les jours d’après, des voisins, au premier chef desquels un homme se présentant comme étant un gendarme à la retraite et disant être le propriétaire, sont venus avec l’intention de déloger Costel et ses amis par la force. Ces derniers témoignent avoir été l’objet de menaces de mort. Cette stratégie illégale d’intimidation  ne  fit qu’aller crescendo chaque jour.

« les papiers ce sera poubelle » 


Jusqu’au soir du 13 juin, ou des hommes de la police municipale du Bourget, qui n’est pas habilitée à procéder à des expulsions (hors exécution d'un arrêté municipal), sont venus mettre à exécution les menaces portées par les voisins des jours durant. Costel raconte avoir été giflé par un policier,  ainsi que son fils, menacés d’être "gazés", et sortis de force de la maison.  Les deux femmes arrivent alors et demandent d’entrer dans la maison pour récupérer leurs papiers. Ce à quoi un policier répond : « les papiers ce sera poubelle ».  Lorsque l’une d’entre elles lui présente la preuve de l’ancienneté de leur occupation et donc de la légalité de leur présence, ce policier la déchire devant elle. Il affirme par ce geste devant cette femme, qu’entre elle et la police, il n’est pas question de justice, mais de force, c’est-à-dire de violence !

Afin ne pas laisser impuni le comportement illégal et dangereux des forces de l’ordre, le Pôle juridique du Mouvement du 16 Mai, réseau d’organisations dont fait partie La voix des Rroms a saisi le pôle « Déontologie de la sécurité » du Défenseur des Droits qui  a ouvert un dossier. En outre, une plainte a été déposée contre le  gendarme à la retraite pour « menaces de mort ».  Ce sera à la justice de décider si  désormais en  France  la loi est faite par  seul le pouvoir  de la violence  qu’elle soit institutionnelle ou privée.



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