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mercredi 21 avril 2010

Pierre Lellouche: l'Europe est menacée par "un risque de déclassement"


Entre autres, M. Lellouche illustre ses propos avec le 2ème Sommet européen sur les Rroms, où il n'y a eu que des palabres mais pas d'action. Que ne l'avez-vous pas fait, M. le Secrétaire d'Etat? Nous, les Rroms, on a fait ce qu'il convenait de faire et ce qu'on pouvait faire: on vous a remis, voici deux ans, un projet de statut-cadre des Rroms dans l'UE.
Le 8 avril 2009, à l'occasion de la Journée Mondiale des Rroms, la Secrétaire d'Etat Mme. Clinton s'est exprimée d'une manière parfaitement constructive, au moyen d'un message vidéo que voici:


Alors, pour éviter le "déclassement", pourquoi ne tirez-vous pas des leçons de ce regard d'outre-atlantique ? Au lieu de cela, la Commission européenne persiste dans les erreurs qui ont fait de nous "du monde les rebuts", comme le dit Rajko Djuric, poète rrom. Voici comment elle nous définit:
"The Commission uses "Roma" as an umbrella term that includes groups of people who share similar cultural characteristics and a history of segregation in European societies, such as the Roma (who mainly live in Central and Eastern Europe and the Balkans), Sinti, Travellers, Kalé etc. The Commission is aware that the extension of the term "Roma" to all these groups is contentious, and it has no intention to "assimilate" the members of these other groups to the Roma themselves in cultural terms."
Commencez par nous reconnaître tels que nous sommes: un peuple, avec une histoire, une langue et une culture, et non pas un ramassis de marginaux. C'est la condition sine qua non sans la réalisation de laquelle le seul progrès qu'il restera à noter sera le score des partis d'extrême droite, comme le montre l'histoire récente en Bulgarie et en Hongrie.

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mercredi 24 mars 2010

L'UE et les Rroms, qui doit intégrer qui, et dans quoi?

Dans un communiqué du parlement européen, qui a ouvert aujourd'hui sa séance plénière à Bruxelles, on lit entre autres "points forts de la session":

Mieux soutenir l'intégration des Roms. Les députés souhaitent que les fonds européens consacrés à l'intégration des Roms soient mieux utilisés. Avec dix millions de personnes, les Roms constituent la plus grande minorité ethnique en Europe, mais ils demeurent souvent exclus et discriminés. A l'approche du deuxième sommet européen des Roms, qui se tiendra le 8 avril à Cordoue, les députés européens voteront une résolution jeudi.
Ah... encore une résolution. Ils veulent nous intégrer, mais dans quoi? L'Europe, nous y sommes et force est de constater que bien de principes chantés par les institutions européennes constituent depuis fort longtemps la manière rrom de vivre. Et ce ne sont pas que des principes d'ordre philosophique, comme p. ex. le fait que pour nous, le découpage de l'Europe en Etats est une aberration, ce que Gunter Grass avait exprimé en ces termes: "Les Rroms sont ce que nous voulons devenir, de véritables européens". Prenez p. ex. sur le plan économique, la flexibilité, dont on nous casse les oreilles à chaque fois qu'il y a des problèmes de chômage: les députés européens, comme la commission européenne ou le conseil des ministres, savent-ils que beaucoup de Rroms passent de la musique à la vente de tapis, après avoir transité par la récupération?

En revanche, s'il faut s'intégrer à un système d'aides financières dont la majorité est consacré au montage, à la gestion administrative et à la promotion des projets, pendant qu'une petite partie arrive quand même sur le terrain, après ce que certains appellent "des fuites dans le réseau"... effectivement, on ne sait pas faire. Quoi que... il y en a qui brillent dans ce métier aussi, mais sa généralisation à tous les Rroms n'est ni possible, ni souhaitable.

Nous savons ce qui est bon à la fois pour nous et pour l'Europe, n'en déplaise aux institutions européennes. Nous leur avons fait part de notre analyse et de nos proposition. Cela nous a pris environ un an, en 2000. Travaillant dans un réseau informel d'activistes et d'experts sur les questions juridiques et politiques (RANELPI - Rromani Activists Network on Legal and Political Issues), nous avons produit une proposition complète et sérieuse d'un statut-cadre des Rroms dans l'Union européenne. Cette proposition a été validée par la présidence de l'Union rromani internationale, une ONG à statut consultatif auprès de l'ONU et qui regroupe des dizaines d'associations rroms à travers le monde. Malgré tout, 10 ans après, l'Union européenne n'a donné aucune suite à cette proposition. Au lieu de cela, elle se fond dans des déclarations de principe complétement creuses, voire pire. Pire parce que, en gaspillant de l'argent public dans des choses stériles, comme le passage cité ci-dessus le laisse clairement entendre, on fournit en eau les moulins de tous ceux qui pensent et/ou disent que les Rroms sont les seuls responsables de leur condition.

Alors, pour répondre à la question posée en titre de cet article, l'intégration doit être bilatérale: d'abord, l'Europe doit intégrer l'idée que nous sommes un peuple, avec une culture, avec une langue, avec une histoire, et non pas un ramassis de cas sociaux qu'elle prendrait sous son aile. Une fois que les institutions européennes auront intégré cette idée-là, elles pourront puiser dans notre vision du monde beaucoup de mécanismes pour construire une Europe à la fois prospère et harmonieuse. Quant à la trop forte proportion de Rroms qui se trouvent dans une condition sociale déplorable (plus de la moitié), il faut que les institutions européennes comprennent intellectuellement et déclarent politiquement que ceci n'est pas intrinsèque, mais le résultat logique de toute une série de mécanismes tels que le racisme, la corruption, l'individualisme, le paternalisme etc. Car pour lutter contre cette situation, il faut bien s'attaquer à ses racines, que nous avons déjà identifiées, comme nous avons identifiées quelques moyens pour les couper.


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