mercredi 24 mars 2010

L'UE et les Rroms, qui doit intégrer qui, et dans quoi?

Dans un communiqué du parlement européen, qui a ouvert aujourd'hui sa séance plénière à Bruxelles, on lit entre autres "points forts de la session":

Mieux soutenir l'intégration des Roms. Les députés souhaitent que les fonds européens consacrés à l'intégration des Roms soient mieux utilisés. Avec dix millions de personnes, les Roms constituent la plus grande minorité ethnique en Europe, mais ils demeurent souvent exclus et discriminés. A l'approche du deuxième sommet européen des Roms, qui se tiendra le 8 avril à Cordoue, les députés européens voteront une résolution jeudi.
Ah... encore une résolution. Ils veulent nous intégrer, mais dans quoi? L'Europe, nous y sommes et force est de constater que bien de principes chantés par les institutions européennes constituent depuis fort longtemps la manière rrom de vivre. Et ce ne sont pas que des principes d'ordre philosophique, comme p. ex. le fait que pour nous, le découpage de l'Europe en Etats est une aberration, ce que Gunter Grass avait exprimé en ces termes: "Les Rroms sont ce que nous voulons devenir, de véritables européens". Prenez p. ex. sur le plan économique, la flexibilité, dont on nous casse les oreilles à chaque fois qu'il y a des problèmes de chômage: les députés européens, comme la commission européenne ou le conseil des ministres, savent-ils que beaucoup de Rroms passent de la musique à la vente de tapis, après avoir transité par la récupération?

En revanche, s'il faut s'intégrer à un système d'aides financières dont la majorité est consacré au montage, à la gestion administrative et à la promotion des projets, pendant qu'une petite partie arrive quand même sur le terrain, après ce que certains appellent "des fuites dans le réseau"... effectivement, on ne sait pas faire. Quoi que... il y en a qui brillent dans ce métier aussi, mais sa généralisation à tous les Rroms n'est ni possible, ni souhaitable.

Nous savons ce qui est bon à la fois pour nous et pour l'Europe, n'en déplaise aux institutions européennes. Nous leur avons fait part de notre analyse et de nos proposition. Cela nous a pris environ un an, en 2000. Travaillant dans un réseau informel d'activistes et d'experts sur les questions juridiques et politiques (RANELPI - Rromani Activists Network on Legal and Political Issues), nous avons produit une proposition complète et sérieuse d'un statut-cadre des Rroms dans l'Union européenne. Cette proposition a été validée par la présidence de l'Union rromani internationale, une ONG à statut consultatif auprès de l'ONU et qui regroupe des dizaines d'associations rroms à travers le monde. Malgré tout, 10 ans après, l'Union européenne n'a donné aucune suite à cette proposition. Au lieu de cela, elle se fond dans des déclarations de principe complétement creuses, voire pire. Pire parce que, en gaspillant de l'argent public dans des choses stériles, comme le passage cité ci-dessus le laisse clairement entendre, on fournit en eau les moulins de tous ceux qui pensent et/ou disent que les Rroms sont les seuls responsables de leur condition.

Alors, pour répondre à la question posée en titre de cet article, l'intégration doit être bilatérale: d'abord, l'Europe doit intégrer l'idée que nous sommes un peuple, avec une culture, avec une langue, avec une histoire, et non pas un ramassis de cas sociaux qu'elle prendrait sous son aile. Une fois que les institutions européennes auront intégré cette idée-là, elles pourront puiser dans notre vision du monde beaucoup de mécanismes pour construire une Europe à la fois prospère et harmonieuse. Quant à la trop forte proportion de Rroms qui se trouvent dans une condition sociale déplorable (plus de la moitié), il faut que les institutions européennes comprennent intellectuellement et déclarent politiquement que ceci n'est pas intrinsèque, mais le résultat logique de toute une série de mécanismes tels que le racisme, la corruption, l'individualisme, le paternalisme etc. Car pour lutter contre cette situation, il faut bien s'attaquer à ses racines, que nous avons déjà identifiées, comme nous avons identifiées quelques moyens pour les couper.


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Débat autour du film "Liberté", de Tony Gatlif

Dimanche dernier, le film "Liberté" du réalisateur rrom Tony Gatlif, par ailleurs président d'honneur de l'association "La voix des Rroms", a été projeté au cinéma "L'écran" à Saint-Denis". La projection a été suivie d'un débat très riche, en présence du réalisateur, de représentants de l'Union rromani internationale et de La voix des Rroms, ainsi que de la Ligue des droits de l'homme. Voici le débat en vidéo:



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samedi 20 mars 2010

Cherchons bénévoles formés en FLE (français langue étrangère)

Pour nos activités à Montreuil, nous avons besoin de bénévoles qui donneraient des cours de français. Le public concerné: des enfants de 6 à 16 ans, dont certains sont scolarisés et ne parlant pas français. Les candidats doivent avoir une formation en Français Langue Étrangère (FLE). Les étudiants avancés en FLE seraient aussi bienvenus. Possibilité d'inscrire cette mission de bénévolat dans le cadre d'un stage dans l'association.
Si vous êtes intéressé(e), écrivez-nous


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mercredi 17 mars 2010

Drôle d'Etat de droit...

Nous trouvons ce reportage de Télessone et on vous le livre, avec quelques commentaires:

M. le maire a son interprétation des choses. Il était "à deux doigts d'aboutir" dans la procédure légale d'expulsion. Évidemment, en première instance il a été débouté, les juges estimant à juste titre que le droit à un logement est un droit à valeur constitutionnelle, à égalité avec celui de propriété.
M. le maire remercie donc la préfecture, la police nationale et la police municipale d'avoir "si bien géré... cette situation qui n'était pas tenable". Ceci après une décision de justice qui n'autorisait pas l'expulsion et avant que l'affaire soit jugée en appel. En un mot, "de manière humaine", selon le maire, ou en dehors de tout cadre légal, selon la vérité. C'est ce qui distingue un Etat de droit d'un Etat qui ne l'est pas.



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mardi 16 mars 2010

Ce n'était pas Vichy!

Plusieurs articles se faisant l'écho du film "Liberté" de Tony Gatlif font une erreur historique. Pour rétablir la vérité historique, et rejoindre ainsi l'objectif du film lui-même, il nous semble important de citer ce passage d'un article de Mme. Marie-Christine Hubert, historienne:

Le 6 avril 1940, un décret-loi interdit la circulation des nomades sur l'ensemble du territoire métropolitain pendant toute la durée de la guerre. Ils sont soupçonnés d'espionnage. Le ministère de l'Intérieur charge les préfets de les assigner à résidence en dehors des agglomérations mais à proximité d'une brigade de gendarmerie. L'invasion allemande ne permet pas l'application du décret dans tous les départements.

Ainsi donc, l'internement des Rroms n'a pas été une décision du gouvernement de Vichy, mais de la 3ème République, et paradoxalement, l'invasion allemande a empêché l'application uniforme de ce décret-loi sur tout le territoire de la France. Par ce film, Tony Gatlif contribue à l'accomplissement du devoir de mémoire par la France. Encore faut-il que ce devoir de mémoire soit correctement accompli. Ni la paresse intellectuelle, ni, - nous n'avons pas le courage d'imaginer autre chose, - ne doit aboutir à de telles présentations erronées de l'histoire.

Ci-dessous, la reproduction  du décret du 6 avril 1940, signé par le président de la République Albert Lebrun:




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lundi 15 mars 2010

Le rapport sur la lutte contre le racisme et le communautarisme - extrait sur les Rroms

 Le rapport, rédigé par Patrick Lozès et Michel Wieviorka, a fait l'objet de quelques polémiques. En ce qui nous concerne, ce passage nous semble plutôt positif. Vous remarquerez que les infos de notre blog sont reprises. Dommage qu'on réécrive le mot "Rroms", mais enfin...

PROPOSITION N°32
INTEGRER PLEINEMENT LES ROMS DANS LA COMMUNAUTE NATIONALE

Les Roms sont un peuple d'origine indienne, dont les ancêtres sont venus de la moyenne vallée du Gange, en Inde du Nord, il y a environ 800 ans. Ils sont aujourd'hui dispersés dans le monde entier, principalement sur le continent européen, où on compterait environ 12 millions de Roms. Les Roms, au sens large, se subdivisent principalement en Roms dits "Orientaux" (85% du total), en Sintés (souvent appelés « Manouches » en France, près de 4%) et en Kalés (ou « Gitans », environ 10%), sans compter divers groupes de moindre importance numérique. Au niveau européen, ils sont aujourd'hui sédentaires à 96%. Les Roms sont un peuple sans territoire, qui n'a jamais eu de revendications territoriales, mais qui est lié par une origine, une culture et une langue communes. Ils sont environ un demi-million en France.

Depuis 2006, des « Villages d’insertion pour les Roms » ont été créés sur les communes d’Aubervilliers, de Saint-Denis, de Bagnolet, de Saint-Ouen et de Montreuil. Il s’agit de Maîtrises d’oeuvre urbaine et sociale (MOUS), c’est-à-dire des conventions passées entre les municipalités et la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Ces dispositifs sont fortement critiqués par les associations de défense des droits de l’homme. Sans reconnaissance du droit de travailler en France, les Roms placés dans ces centres ne peuvent, en effet, recevoir personne chez eux, pas même leurs familles. D’après les élus locaux, au total, 75% du budget de ces « villages d’insertion » serait alloué au gardiennage. Dans les faits, ces camps ressemblent davantage à des camps de rétention administrative qu’à des « villages d’insertion ». Nous proposons qu’un moratoire soit institué sur la construction de nouveaux « villages d’insertion » pour les Roms et qu’une mission d’évaluation soit constituée dans les plus brefs délais pour évaluer les dispositifs existants et statuer sur leur existence.
Nous proposons, également, que l’Etat fasse respecter la loi Besson du 31 mai 1990, modifiée du 5 juillet 2000, qui impose que toute commune de plus de 5 000 habitants doit prévoir des "aires de stationnement" pour les gens du voyage, qui sont alors tenus de déclarer une "commune de rattachement", qui n'est pas cependant nécessairement leur commune de résidence. Nous constatons un non-respect généralisé de cette loi par les municipalités. La loi prévoit que le préfet peut se substituer aux communes défaillantes. Cette mesure coercitive n’a jamais été mise en oeuvre depuis 1990. Nous demandons qu’elle soit, enfin, appliquée.

Nous proposons, également, que l’habitat caravane fasse, dans les plus brefs délais, l’objet d’une reconnaissance juridique. L’absence de reconnaissance juridique de l’habitat caravane dans les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) élaborés par les communes empêchent, en effet, l’installation durable de caravanes sur des terrains privés, mettant ainsi les familles dans des situations d’occupation précaire, en les exposant à un risque d’expulsion. D’importantes difficultés de régularisation foncière sont également rencontrées par des familles propriétaires de terrains en zone agricole ou en zones non constructibles, qui se trouvent confinées dans des conditions de vie très difficiles, avec une absence de raccordements aux réseaux d’eau et d’électricité, des terrains dangereux, situés loin des équipements et des services publics.

Il est incohérent de la part des pouvoirs publics de demander, d’une part, que les Roms se sédentarisent et s’intègrent à la communauté nationale, tout en les réduisant, d’autre part, par un refus d’appliquer la loi ou par des dispositions juridiques inadaptées, à une précarité et à un isolement toujours plus grands. Au lieu d’imposer des solutions depuis le sommet, qui sont souvent inadaptées aux besoins de ces populations, nous recommandons que le Ministère de l’Intérieur organise une grande Conférence nationale sur la question des Roms, pour régler, d’une manière durable et équitable, les principaux problèmes auxquelles ces personnes sont confrontées dans leur vie de tous les jours.

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dimanche 14 mars 2010

Travestissement intégral

Le Parisien relate la destruction du bidonville de Massy.

Une fois de plus, ce sont les Rroms qui sont fautifs. Le seraient-ils aussi pour les 500.000 des leurs exterminés par les nazis et leurs alliés?
L'article ne dit rien du comportement des policiers pendant l'incendie (ils étaient présents). Rien non plus sur cet enfant qui a été écrasé par une voiture une semaine auparavant. Rien sur l'avancement de l'enquête sur cet accident, ni sur celle qui devrait être ouverte sur l'incendie.
On dit "hébergement" dans un gymnase, alors que ce fut un enfermement; ils n'ont pu en sortir que sous escorte pour être renvoyés en Roumanie. Au lieu de ça, on parle de terrain de golf et d'acacias coupés. Ah, la liberté de la presse.... si les journalistes se taisaient au lieu de travestir les choses ainsi, serait-ce une atteinte?

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mercredi 10 mars 2010

Disparition à tout prix des Rroms à Massy


Le 2 mars 2010, un enfant de 8 ans a trouvé la mort suite à un accident de circulation à Massy, dans l’Essonne. Le 8 mars, les habitations de plusieurs familles rroms, parmi lesquelles celle de la victime, ont été incendiées. Des témoins affirment qu’il s’agit d’un incendie criminel. Par chance, aucune victime n’est à déplorer. Des nuitées d’hôtel ont été proposées pour les sinistrés, qui ne les ont pas acceptées. Ils ont alors été hébergés dans un gymnase de la ville, mais celle-ci assure que demains 10 mars, ils seront évacués du gymnase, de gré ou de force, sans point de chute. On ignore s’ils ont reçu la visite de psychologues, comme il est d’usage dès qu’un acte violent cause ne serait-ce qu’une égratignure parmi un groupe de personnes. En revanche, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), successeur de l’ANAEM, a généreusement proposé une aide humanitaire au retour volontaire (un billet d’avion aller simple et 300 euros par adulte ou 100 euros par enfant). Ceci rappelle l’incendie de Bobigny où un enfant avait aussi trouvé la mort, à quelques différences près :

-         dans le cas présent, la victime a succombé aux graves lésions suite à un accident de voiture, ceci quelques jours avant l’incendie
-         les parents de la victime ont entamé des démarches en justice après le décès de leur enfant
-         l’installation des baraquements où vivaient ces familles avait fait l’objet d’une décision d’expulsion contre laquelle un appel était en cours et le verdict est prévu pour le 16 mars.
-         l’incendie de Massy semble clairement criminel, ce qui normalement devrait pousser à une enquête judiciaire pour établir les responsabilités, mais aussi à une prise en compte des droits des victimes.

Au lieu de tout cela, l’OFII cherche à éloigner les victimes, en leur proposant trois sous.

Selon le journal Le Monde, « le secrétaire d'Etat aux affaires européennes, Pierre Lellouche, s'est rendu à Bucarest les 11 et 12 février pour plaider en faveur d'une "mobilisation commune" franco-roumaine en vue de contrôler les allers et retours de Roms roumains entre la France et leur pays d'origine ». Ceci parce que, renvoyés avec cette aide en Roumanie, les Rroms reviennent en France.

Que dire après tout cela ? Chacun est responsable de ses actes. Ceux qui marchent sur la tête aussi. Seulement, dans une humanité digne de ce nom, qu’on marche sur ses pieds ou sur sa tête, il ne faut pas marcher sur les autres humains.


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