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mercredi 29 mai 2013

Les effets pervers de la circulaire du 26 août 2012

Environ 200 Rroms ont été expulsés hier matin à Saint-Denis, Porte de Paris. Dans la soirée, après une manifestation devant la sous-préfecture et la mairie, la préfecture du département a dit pouvoir répondre par des hébergements à l'hôtel pour seulement 3 familles et deux adultes malades.

Une circulaire du 26 août 2012 "relative à l'anticipation et à l'accompagnement des opérations d'évacuation des campements illicites" invite les préfectures à mener des diagnostics sociaux afin de répondre globalement à chaque situation lorsqu'un bidonville est expulsé, et ceci le plus en amont possible. En pratique, et c'est confirmé une fois de plus ici, la fameuse "réponse" consiste en un hébergement à l'hôtel pour quelques nuits. Pour ce groupe de familles expulsées hier, la préfecture dit qu'un tel hébergement a été proposé pendant le diagnostic social, réalisé par GIP (groupement d'intérêt publique) Habitat il y a quelques semaines, mais que personne n'avait demandé un tel hébergement. Et pour cause, pourquoi demander aller à un hôtel dont on ne sait pas où il se situe, mais dont on sait pertinemment qu'il sera loin, qu'on ne pourra pas y cuisiner, qu'il faudra prendre ses repères autour et qu'on n'y restera pas plus que quelques nuits, lorsqu'on est dans la baraque qu'on a construit soi même dans une ville qu'on connaît et où on se sent chez soi? 

Cet événement, comme d'autres, pose la question de la circulaire du 26 août 2012 "relative à l'anticipation et à l'accompagnement des opérations d'évacuation des campements illicites". A quoi sert-elle en réalité? 

D'abord, elle a servi à rassurer la Commission européenne, qui avait mis encore sous surveillance la France lorsque, l'été dernier M. Valls a déclaré vouloir poursuivre le "démantèlement des campements illicites", terminologie créée par Brice Hortefeux en 2010. Avec cette circulaire, assez vague, le gouvernement français montre à la Commission européenne que sa politique respecte la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. La Commission européenne sera-t-elle dupe?

Ensuite, la circulaire permet de continuer la politique menée depuis longtemps en la matière. Cette politique combine démagogie tsiganophobe et gaspillage de l'argent public. Depuis plus d'un an, le ministre de l'intérieur Manuel Valls persiste à créer des tensions en répétant à l'envi que les riverains de ces "campements illicites", qui se situent dans des "quartiers populaires" sont "exaspérés" et "excédés". Il cite en exemple de cette exaspération des incendies dont précisément, la police n'a jamais pu établir la cause. Dans les rues, dans les magasins, partout, le rejet raciste des Rroms est de plus en plus palpable, nourri par ce type de discours.

En plus du racisme qui la sous-tend et qu'en même temps elle suscite, cette politique est désastreuse financièrement parlant. M. Valls se vante d'avoir supprimé l'"aide au retour humanitaire", qui avait selon lui "des effets pervers" et qui en fait était perverse dans les raisons qui ont mené à sa création. Il ne faut en effet pas oublier que les premiers "demandeurs" de cette aide signaient la demande dans des autocars affrétés par l'Etat pour partir vers Bucarest, sous la menace de passer quelques jours ou semaines en centre de rétention et d'être expulsés en avion sans les 300 euros proposés. Autre gouvernement, autre temps, autre méthodes: Il faut consommer en France et français avant tout! 

Avant, les 300 Euros étaient dépensés en Roumanie, y compris les 100 dédiés au retour en France en autocar. Désormais, l'argent français est bien dépensé en France. Il va aux caisses des opérateurs de l'Etat chargés de faire les diagnostics sociaux et aux hôteliers qui hébergeront quelques nuits quelques Rroms expulsés de leurs habitations. 
Dans le département de al Seine-Saint-Denis (93), l'un des moins chers, le tarif pratiqué par les hôteliers pour l'hébergement d'urgence est de 37 euros par personne et par nuit, soit bien plus cher que le prix pratiqué en temps normal, et fixé par chambre, pas par personne. L'hébergement à l'hôtel est une mise à l'abri, toujours provisoire. Généralement, il est maintenu pour 2-3 nuits. 

La France devrait avoir honte de ceux qui la dirigent. Marianne, si elle était en chair et en os, serait la femme la plus malmenée de France et de Navarre, et même au-delà. Et ce n'est certainement pas les Rroms qui sont responsables. Ils ne sont qu'une carte avec laquelle les autorités et leurs alliés jouent un sale jeu de poker, où les enjeux sont complètement étrangers aux Rroms.  Il y a d'autres cartes dans ce sale jeu: les mal-logés, les chômeurs, les sans-papiers... le jour où ces cartes deviendront des joueurs, ils pourront casser le jeu et construire le vivre ensemble.




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mercredi 20 février 2013

Circulaire du 26 août 2012 - les associations rroms donnent l'exemple

Le 26 août 2012, sept ministres du gouvernement Ayrault signaient une circulaire interministérielle relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites. Les médias s’en sont largement fait l’écho, et nombre d’associations ont par la suite dénoncé sa non-application ou bien son application partielle, uniquement dans sa composante répressive, consistant à expulser les habitants de bidonvilles. 
Seule la préfecture de Loire Atlantique avait mandaté deux associations (Actarom et Une famille un toit) pour faire des diagnostics sociaux, point central de la circulaire. Cependant, le contour de l’opération et surtout les suites à donner aux diagnostic ont été flous, comme l’indiquait le collectif local romeurope dans un communiqué du 10 octobre 2012. Par la suite, lors d’une réunion à la DIHAL (Délégation interministérielle à l’Hébergement et à l’accès au Logement) nous apprenions que quatre critères avaient été indiqués par la préfecture afin de choisir des familles “intégrables” en France. Aucune des 52 familles diagnostiquées par Une famille un toit ne correspondant aux quatre critères, la préfecture s’était résolue à n’en appliquer que deux. A la suite de cette “générosité”, quatre familles ont pu être “repêchées”, soit moins de 10%. Les autres sont restées sur le carreau. 
Il est cependant clair dans le texte de la circulaire que le diagnostic social qu’elle préconise n’est pas un outil de tri, mais bien d’identification des besoins de chaque famille afin d’y répondre individuellement mais à tous. Bien que ce n’est pas le rôle des associations d’appliquer la politique du gouvernement, étant donné la carence des services de l’Etat à procéder eux mêmes à des diagnostics conformes à la circulaire, La voix des Rroms et l’association Rromeurope ont réalisé un diagnostic pilote sur un bidonville à Saint-Denis. Cette initiative a pour but de montrer qu’il est possible d’agir, et d’agir de manière efficace. Après l’avoir remis au Délégué interministériel à l’hébergement et à l’accès au logement, le préfet Alain Régnier et au préfet de la Seine-Saint-Denis M. Christian Lambert, nous rendons public ce rapport (lien en fin de l’article), qui peut servir de guide à d’autres opérateurs et éviter des errements. 
En même temps, nos associations respectives se tiennent prêtes à réaliser ce type de travail dans le respect de la circulaire qui l’encadre et surtout dans le but qu’elle poursuit: mettre fin à des situations indignes en permettant aux personnes qui s’y trouvent de trouver un avenir meilleur. Par ailleurs, nous travaillons en ce moment à des propositions économiques et écologiques de relogement pour les personnes concernées et espérons trouver chez les décideurs une volonté concrète pour les réaliser. Ceci implique la mise à disposition des moyens nécessaires: réquisition de bâtiments vides, éventuellement à remettre en état, mise à disposition de terrains pour des installations provisoires, régularisation de la situation administrative des personnes, mesures d’accompagnement vers l’emploi ou la création d’entreprises etc.
rapport_diagnostic_social


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mercredi 11 avril 2012

L’eau dans le kärcher de M. Sarkozy est aussi sale que ce qu’elle cherche à nettoyer


M. Sarkozy a déclaré au Dauphiné libéré qu’il referait le discours de Grenoble si nécessaire, «mais sans parler d'une communauté en particulier ». Cette déclaration que certains qualifient aujourd’hui comme une « mea culpa timide »  n’est qu’une manœuvre électorale pathétique. Avec elle, M. Sarkozy persiste et signe dans son comportement hypocrite et même anticonstitutionnel. La voix des Rroms demande à tous le candidats de s'engager à respecter le Décalogue du Palais Bourbon (lien à la fin de ce billet)

Cette déclaration est anticonstitutionnelle, parce que dans la France « une et indivisible » il est interdit de désigner des « communautés ». Certes, l’habitude a été prise ci et là d’utiliser ce terme pour les noirs, pour les musulmans, pour les gens du voyage etc., mais un président de la République qui respecte sa fonction devrait s’interdire ce terme, parce que précisément il est le garant de l’unité nationale. Mais en fait, M. Sarkozy n’a peut-être jamais réalisé qu’il était président en exercice. Ce serait pour cela qu’il s’est toujours comporté en candidat y compris cet été 2010 que les Rroms de l’Hexagone, toutes nationalités confondues, ne sont pas prêts d’oublier.

Et dans cette soi-disant « mea culpa », l’hypocrisie devient pathétique. Que s’est-il passé de nouveau dans l’esprit de M. Sarkozy pour qu’il regrette cette désignation ethnique de boucs émissaires dans sa formule « Roms et gens du voyage » ? Qu’on nous dise que s’est-il passé de plus fort que la pluie des condamnations qui pleuvaient en été 2010 de l’ONU, du Vatican, de Bruxelles, de gouvernements étrangers, d’associations....

M. Sarkozy chercherait-le vote des quelques centaines de milliers de Rroms français? Ou bien le vote de tous ceux qui ont été choqués par la « guerre » que M. Sarkozy en personne leur avait déclaré le 21 juillet 2010, avant sa confirmation à Grenoble quelques jours plus tard ? Si oui, c’est pour le moins maladroit.

Non, le discours de Grenoble n’était pas une maladresse, mais un acte d’une politique réfléchie et mise en œuvre depuis longtemps déjà. Nous n’avons pas la mémoire courte, M. Sarkozy. Nous ne sommes ni amnésiques ni imbéciles. Nous savons garder notre dignité quand on a tout perdu, alors même que souvent c’est par la faute des autres. Hélas, il semble que ce n’est pas le cas de tout le monde…

La voix des Rroms attire l’attention de tous les candidats sur le Décalogue duPalais Bourbon, déposé à l’Assemblée nationale le 8 avril 2009.

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