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lundi 12 décembre 2016

Propos de Valls sur les Rroms: la Cour européenne des droits de l'Homme saisie

Lancé dans sa course à la présidentielle, Manuel Valls vaut déjà à la France un procès devant la Cour européenne des droits de l’Homme pour ses propos sur les Rroms en 2013. Après que la justice française ait refusé de se prononcer, La voix des Rroms a porté l’affaire devant les juges européens. Cette saisine peut aboutir à une modification du statut pénal des ministres et à la suppression de la Cour de justice de la République, qui fut une promesse, non tenue, de François Hollande.
Au courant du mois de septembre 2013, Manuel Valls avait déclaré publiquement que les Rroms « ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation» avec les populations locales, et que par conséquent ils auraient « vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie ». Cette communication culturaliste et stigmatisante au niveau de l'État fondait alors la discrimination de masse en tant que politique sociale. Le MRAP avait alors saisi la Cour de justice de la république, une juridiction d’exception compétente pour juger les membres du gouvernement. Dans son rôle de filtrage, la commission des requêtes avait classé sans suite la plainte du MRAP.

La répression systématique trouve dans le discours de M. Valls un aval politique
Crédit photo: Ludovic Versace
La voix des Rroms avait quant à elle saisi la justice pénale de droit commun, estimant que les propos de Manuel Valls se situaient en dehors de l’exercice de sa fonction ministérielle. Cependant, la justice française en a décidé autrement et a refusé de se reconnaître compétente, laissant ainsi non seulement impunis, mais en dehors de tout examen juridique possible ces propos.
Ayant épuisé toutes les voies de recours internes, La voix des Rroms a saisi la Cour européenne des droits de l’Homme. Ce faisant, elle espère que la décision de cette cour aboutira à un changement du statut pénal des ministres et à une plus grande égalité de tous devant la justice. En ces temps de populisme triomphant, il est non seulement paradoxal, mais extrêmement dangereux pour les libertés, que des membres du gouvernement puissent inciter à la haine et à la discrimination sans qu’aucun recours de droit ne soit possible. Il en va du respect par la république de ses principes fondateurs et de la garantie de leur pérennité.  

La voix des Rroms tiendra une conférence de presse ce mercredi 14 décembre 2016 à 10 heures, dans la Médiathèque Matéo Maximoff (59, rue de l'Ourcq, 75019 Paris), en présence de son avocat Me. Henri BRAUN. 
Aussi, témoigneront à cette conférence de presse de l'impact de ces déclarations sur leur vie quotidienne: Anina CIUCIU, élève avocate, auteure de l’autobiographie “Je suis tsigane et je le reste”, Spartacus URSU, Comédien, acteur principal du film “Spartacus et Cassandra” (présenté au festival de Cannes en 2015), Larisa STOICA, médiatrice à l’association pour la scolarisation des enfants tsiganes (ASET 93), Liliana HRISTACHE, présidente de l’association Rom reussite, leader de la récente mobilisation des Rroms de Montreuil (93) et Cristian DAMIAN, ancien résident du bidonville du Samaritain (La Courneuve), expulsé en 2015. 


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lundi 29 juin 2015

"Les jeunes Bulgares de Paris" dénoncent les actuelles violences rromophobes en Bulgarie !


Par le "collectif des jeunes Bulgares de Paris", 

Radost Zaharieva, Diana Ivanova, Nikolai Angelov, Dimitar Angelov




Depuis plusieurs jours la Bulgarie connaît une flambée de violences interethniques entre Rroms et non-rroms. La Bulgarie a déjà connu cette situation en 2011 avec un mouvement populaire commencé la nuit du 23 au 24 septembre 2011 dans le village de Katunica[1], qui a vite gagné ensuite d’autres villes comptant une population rrom importante telles que Sofia, Plovdiv, Varna, Burgas, Pleven, Ruse, Pazardzhik, Stara Zagora. Ces manifestations en 2011 comme les manifestations racistes actuelles, avaient été accompagnées de chants et propos racistes et de violences physiques contre les Rroms. Les événements de Katunica précédaient des élections en 2011, et ont été provoquées et instrumentalisées à des fins électoralistes par certains partis politiques, dont les partis d’extrême-droite, mais aussi par des partis dits progressistes en ce que cela leur permettait de se présenter comme protecteurs, pour mobiliser les électeurs issus des minorités.


"Les événements de Katunica précédaient des élections en 2011, et ont été provoquées et instrumentalisées à des fins électoralistes par certains partis politiques, dont les partis d’extrême-droite"


Coïncidence ou non, avec l’approche des élections locales en 2015 la Bulgarie vit de nouveau le cauchemar[2] de « Katunica », mais cette fois à Garmen[3] (24 mai) et dans le quartier d’Orlandovsti à Sofia, le 13 et le 14 juin dernier, qui a été qualifié  d’« état de siège ». Des agresseurs armés s’y sont présentés visant les personnes d’origine rrom. Les victimes sont des adultes, tout comme des enfants[4]. Les habitants rroms du village de Garmen ont tenté d’entamer un dialogue avec les agresseurs afin d'apaiser la situation, ce qui a été refusé.  Le nombre des personnes agressées et hospitalisées n’a pas été communiqué par les autorités bulgares. Une trentaine de personnes ont été arrêtées par la police, puis relâchées. Pour l’instant il n’y a pas de personnes accusées ou condamnées pour des violences raciales.


"Anna Vitanova, une policière de Varna, n’hésite pas à utiliser les réseaux sociaux pendant les manifestation en diffusant des messages anti-rroms comme « si tu es "bronzé" tu brules »"


Selon la position officielle du ministère de l’intérieur il n’y a pas eu de trouble sérieux à l’ordre public et il ne s’agit pas non plus d’un conflit interethnique, mais d’un conflit de voisinage. Cependant les  vidéos sur internet montrent bien le contraire. Les slogans « Les tsiganes en savon », «  sales Rroms », «  parasites » dominent les manifestations et circulent ensuite sur la toile. L’information dans les média nationaux montre que la police est présente sur place à Garmen et Orlandovsti, mais cela n’empêche pas l’œuvre des agresseurs armés participant aux manifestations. Sur certaines vidéos  on peut voir la pénétration des manifestants armés dans le quartier tsigane, malgré les nombreux policiers présents sur place. Sur d’autres on voit les policiers tirer en l’air lorsque les esprits sont calmes et agiter ainsi les groupes  Anna Vitanova, une policière[5]  de Varna, n’hésite pas à utiliser les réseaux sociaux pendant les manifestation en diffusant des messages anti-rroms comme « si tu es "bronzé" tu brules », messages ayant des conséquences importantes sur la mobilisation des gens contre les Rroms.

Après un semblant d'apaisement, le 20 juin[6],[7] une famille a été attaquée de nouveau, cette fois dans un bus (transport en commun) sous les yeux des voyageurs. Un père de famille rrom et ses deux fils âgés de 17 ans, qui rentraient de l'église, ont été violemment tabassés par 4 hommes cagoulés et armés à cause de leur origine ethnique[8]. Les membres de la famille des victimes dénoncent la réaction de la police qui, selon eux, n’a pas poursuivi les agresseurs qui ont pu ainsi continuer leur trajet dans le même bus.

Qui génère le conflit entre Bulgares rroms et non-rroms,  qui cohabitent pourtant depuis des siècles ?
Qu’est-ce qu’il y a au fond de ces tensions interethniques ?

"ce qui donne ensuite un prétexte aux Bulgares non-rroms de demander leur expulsion totale du village "


En effet, Bulgares rroms et non-rroms habitent ensemble depuis plus de 7 siècles, même si parfois dans des quartiers séparés, comme c'est le cas aussi pour d'autres communautés du pays. La perte d’emploi par les Rroms suite à la chute de communisme a eu comme conséquence la ségrégation et l’exclusion sociale de cette communauté. Le manque de revenu les a conduit dans une pauvreté extrême provoquant le rejet de la société. Les conditions difficiles dans le pays suite à la crise économique en 2009 ont fait souffrir encore plus les Bulgares rroms, mais aussi les Bulgares non-rroms, qui  reprochent aujourd’hui à leurs concitoyens rroms d’être à l’origine des difficultés économiques du pays en percevant des aides sociales. Les relations entre les Bulgares  rroms et non-rroms sont difficiles et peuvent facilement déborder. Ainsi le conflit à Garmen a commencé suite à la décision de la mairie de démolir les maisons des Rroms, ce qui donne ensuite un prétexte aux Bulgares non-rroms de demander leur expulsion totale du village en accusant les Rroms de vols. Le conflit d’Orlandovsti commence sous la forme de troubles de voisinage et se transforme très vite en conflit interethnique. 

Cette tension entre les deux communautés est nourrie par  la représentation négative des Rroms dans les média nationaux, mais également par des personnes comme Boyan Rassate[RI4] [9], leader des patrouilles civiles (une organisation paramilitaire), dont les activités visent des minorités et sont considérées comme illégales. La politisation et l’instrumentalisation de la misère des Rroms ont été dénoncées par les victimes des agressions et par Ilia Iliev, député du parti DPS (Mouvement des droits et des libertés), qui considèrent que les attaques sous forme de manifestation sont une action organisée par des partis politiques populistes et démagogiques visant ainsi à mobiliser les électeurs avant les élections de septembre 2015.


"A cela s’ajoutent des agressions physiques, la haine et les violences raciales, qui ne semblent pas être reconnues comme telles par les autorités bulgares"


La Bulgarie est un des principaux bénéficiaires des financements européens pour l’intégration des Rroms suivant quatre axes généraux : la santé, l’emploi, l’éducation et le logement. Malgré l’argent européen destiné à l’amélioration des conditions de vie des Rroms, leur situation se dégrade de plus en plus. Les habitants rroms de Garmen, comme ceux  de Stara Zagora [RI5] , se sont retrouvés à  la rue suite à la destruction de leurs maisons par les autorités locales sans aucune solution de relogement et, donc, dans un état de dégradation accru. A cela s’ajoutent des agressions physiques, la haine et les violences raciales, qui ne semblent pas être reconnues comme telles par les autorités bulgares.
Aujourd’hui nous nous opposons aux agressions faites aux Rroms en raison de leur origine ethnique et nous condamnons les événements en Bulgarie.

Nous demandons au gouvernement bulgare de prendre les mesures nécessaires pour la protection des droits des minorités, une obligation que le pays a en tant que membre de l’Union Européenne.
Nous demandons également la protection des droits de l’Homme garantie par la Convention européenne des droits de l’Homme, mais aussi par la Charte de l’Union européenne des droits fondamentaux qui sont juridiquement contraignants pour la Bulgarie en tant que membre du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne.
Nous demandons au gouvernement bulgare de lutter efficacement contre les violences raciales faites aux Rroms.
Nous demandons au gouvernement bulgare de lutter contre le discours de haine à l’égard des Rroms dans les médias bulgares.
Nous demandons au gouvernement bulgare de prendre les précautions nécessaires afin d’éviter l'escalade ou la répétition d’autres conflits de ce genre.
Enfin, nous nous adressons à la société civile bulgare et française pour qu'elle apporte son soutien moral aux victimes d’une instrumentalisation et la politisation des questions sociales telles que le manque d’emploi et la pauvreté.









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vendredi 14 novembre 2014

Raymond Gurême, Baro Syntax contre les violences policières avec tous les insurgés des quartiers populaires : samedi 15 novembre, La Parole Errante, Montreuil.




MANOUCHES en Force !
Attention ce Samedi 15 Novembre, à la Parole Errante, Montreuil,
dans un contexte de mobilisation nationale contres les violences policières : la FAMILLE GURÊME et Baro Syntax seront présents aux côtés des insurgés des quartiers populaires.
Mais que fait la police ? VENEZ NOMBREUX.




14H-18H : Atelier d'écriture / Atelier Graff / Initiation à la Boxe anglaise




18H : Discussion avec des familles victimes de crimes policiers autour du livre "Permis de tuer - Chronique de l'impunité policière" (Editions Syllepse)





20H : Concert Rap
  • Première Ligne (93 Indépendant)
  • Dino (Killabizz) (75018)
  • L'Uzine (93) & Nodja (Perpignan-94)
  • Awax et Oliver (95)
  • Rety Bonap (95)
  • Baro Syntax (93)









Stands, bouffe et boissons disponibles sur place...
Entrée à prix libre
Tous les bénéfices seront reversés aux familles et aideront à l'organisation des mobilisations





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samedi 12 octobre 2013

Violence anti-rrom à Saint-Rémy lès Chevreuse



C’est l’histoire d’une famille, celle de Gheorghita, sa femme Tatiana et leur fille Gabrielle 7 ans. Ils sont venus de Roumanie en France comme des centaines de milliers de leurs compatriotes. Sans abri, ils ont trouvé une maison abandonnée à Saint-Rémy lès Chevreuse, dans le département des Yvelines. La maison est coquette, mais la cour était bien sale, avec plein de détritus jonchant le sol. Evidemment, personne ne s’occupait de cette maison depuis des années. Gheorghita et sa femme n’ont pas épargné leurs efforts pour rendre à cette maison son vrai caractère, depuis deux semaines qu’ils y ont fait leur nid. Ils ont tout nettoyé, dedans comme dehors, et ont meublé peu et avec un grand goût. Ils ne sont pas chez eux, mais ils sont chez eux quand même. Sans droit, ni titre, ils y sont avec leur cœur et leurs rêves, ils ont donné vie à ce lieu resté mort et ils s’y sentent chez eux.
Mercredi dernier, le 9 octobre, une bénévole de La voix des Rroms les avait accompagné à la mairie, où Gheorghita et Tatiana voulaient inscrire leur petite Gabrielle à l’école. La mairie a refusé, se mettant ouvertement hors la loi. La dame qui les a reçus a expliqué que le maire s’opposait à l’inscription de Gabriela à l’école car sa famille squattait et qu’elle devait être expulsée. Ceci alors qu’aucune décision d’expulsion n’a été prise et qu’aucune demande d’expulsion n’a même été enregistrée. Cela n’a pas découragé la famille, ni nous. Ils sont retournés hier encore, toujours à la mairie, avec la même demande, pour rencontrer cette fois-ci le maire en personne. Il a refusé catégoriquement d’inscrire Gabrielle à l’école.

Ce vendredi matin vers 11 heures, un groupe de gendarmes et deux personnes en civil, se disant propriétaires de la maison, se sont rendus dans cette maison. Tatiana et Gabrielle étaient seules. Ils leur ont intimé l’ordre de quitter immédiatement les lieux. Tatiana a appelé La voix des Rroms. Nous avons parlé aux gendarmes, et leur avons expliqué que leur expulsion ne pouvait intervenir qu’en vertu d’une décision de justice. Aussitôt, une équipe de La voix des Rroms partait sur les lieux. Quelques minutes plus tard, nous appelions la gendarmerie de Chevreuse, qui nous a confirmé qu’il s’agissait d’une affaire civile et que le propriétaire entamerait une procédure pour obtenir l’expulsion des occupants. 


Arrivés sur les lieux, nous constations que tout avait été cassé dans la maison, les vitres des portes et fenêtres, les meubles ont été renversés, des boissons avaient été versées sur les matelas pour qu’ils ne puissent plus servir, les couvertures et des vêtements avaient été jetés dans la cour, comme de la nourriture… choses que le chef de la gendarmerie ne nous avait pas dit. 

La porte-fenêtre cassée par "le propriétaire"
Couvertures, vêtements et autres affaires jetées dehors sous le regard des gendarmes
Tatiana nous dit que le « propriétaire » avait tout cassé, en présence des gendarmes. Lorsqu’elle leur a demandé de le faire arrêter, ils ont répondu qu’il avait le droit de casser sa propre maison. Y compris les affaires des occupants ? Nous n’avons pas la réponse. Mais nous l’obtiendrons. 


Voilà à quoi ressemble la cuisine après le passage des furieux








La famille déposera une plainte pour violences et destruction de biens. Nous resterons à ses côtés aussi longtemps que nécessaire pour que sa dignité et ses droits soient respectés. Elle reste sur les lieux, qu’elle remettra en l’état petit à petit. La vie aura raison de la mort, des morts et de tous les actes mortifères, d’où qu’ils viennent. 

Tout a été renversé dans la chambre
La petite famille nettoie après le "tsunami"

mardi 8 octobre 2013

La voix des Rroms alerte l'ONU

La Voix des Rroms a reçu le Représentant Régional pour l’Europe du Commissaire aux Droits de l’Homme de l’ONU. Dans les prochains jours, elle entend saisir le Rapporteur Spécial de l’ONU pour les formes contemporaines du racisme, en lui demandant de faire un appel urgent envers la France.

Le  10 Septembre dernier, les membres de La Voix des Rroms, en partenariat avec le Réseau Européen des Organisations rroms, dit ERGO, recevait le Représentant Régional pour l’Europe du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme de l’ONU, M. Jan Jarab.

M. Jarab rencontrait également la veille le préfet Alain Regnier, (Délégué interministériel à l’hébergement et à l’accès au logement des personnes sans abri ou mal logés), ainsi que le Défenseur des Droits, M. Dominique Baudis, afin de mesurer les efforts entrepris par le gouvernement français en vue de « l’intégration » des Rroms migrants vivant en bidonville.

Le 9 septembre, la Haut Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Navanethem Pillay, a exprimé ses soucis concernant la politique des évacuations forcées dans son discours au Conseil des Droits de l’Homme à Genève. Elle a également évoqué les résultats du rapport du Défenseur des Droits sur la mise en œuvre de la circulaire du Gouvernement d’aout 2012 (concernant les évacuations forcées), invitant le Gouvernement de suivre les recommandations du Défenseur.

L‘équipe de La Voix des Rroms a ainsi conduit un jour durant M. Jarab vers plusieurs sites où l’association s’engage pour des Rroms migrants en région parisienne.


IVRY : le courage des solutions pratiques

Le premier site fut Ivry, dans le 94, ou l’association de travailleurs sociaux engagés et bénévoles R.A.C.E.D, partenaire de La Voix des Rroms, construit, contre vents et marées, et surtout contre l’adversité des autorités municipales et préfectorales, des solutions de vie pratiques et pragmatiques, avec un groupe de Rroms et non-Rroms migrants de Roumanie.  Il s’agit en effet là-bas d’un large terrain situé en arrière de la cité populaire Gagarine, où les militants bénévoles ont construit depuis plusieurs années un lien de fraternité avec l’ensemble des populations. Ainsi, auto-structuré par ses propres habitants avec l’assistance amicale des militants le site comprend des habitations auto-construites, un lieu de culte et une salle polyvalente à vocation culturelle. 

Les habitants de la rue Truillot à Ivry discutent avec Jan Jarab

Afin d’anticiper la possibilité d’une destruction prochaine par les autorités publiques de ce qui a été entrepris et construit, les hommes et femmes de RACED ont pris possession d’un immeuble inoccupé de la commune où vivent désormais Rroms et non-Rroms, Français et étrangers, adultes et enfants. Ici, les habitants, ainsi que les militants ont pu longuement échanger avec M. Jarab qui les a écoutés avec intérêt, en tirant de ces échanges des renseignements précis sur la réalité de la situation.

Les membres de l’association R.A.C.E.D, partenaire de La voix des Rroms, expliquent à M. Jarab le fonctionnement de l’immeuble occupé

Saint-Ouen : le « village d’exclusion »

Puis ce fût Saint-Ouen, et ce qu’il reste du pseudo « village d’insertion » de la Rue de Clichy. Là en pleine zone de friches, isolés de toute vie urbaine et sociale par des hectares de terrains vagues clôturés, et dans le voisinage de la plus grande usine d’incinération de déchets du département, des femmes, des hommes et des enfants ont décidé de rester dans les caravanes et bungalows, d’où la Municipalité leur avait donné l’ordre de partir, après qu’elle n’ait pas renouvelé le contrat qui la liait à l’entreprise d’insertion qui gérait de la vie des gens.
En effet après cinq ans de gestion grotesque, soumettant les hommes et les femmes à une réglementation qui ressemble à l’assignation à résidence ou au semi-internement, le gestionnaire, qui ne s’est pas vu renouveler les fonds, a mis la clef sous la porte, et les autorités entrepris d’obtenir de la justice qu’elle force les hommes et les femmes à quitter sur le champ leur semblant de maison pour retourner aux hasards de la rue.

Les membres des associations La voix des Rroms et Rromeurope ainsi que des habitants, décrivent à M. Jarab la situation au « village d’insertion »

Là, nos partenaires de l’association  RROMEUROPE, qui sont intervenus avec La voix des Rroms pour empêcher la lâche opération des décideurs, ont pu également s’entretenir avec M. Jarab.
Afin de forcer les hommes, les femmes et les enfants à quitter leur habitation, les autorités ont coupé l’électricité sur le site. Ainsi à l’entrée prochaine de l’hiver, ils sont sans chauffage ni lumière, ce qui inquiète particulièrement les mères quant à la santé et au suivi de la scolarité de leurs enfants.


Saint-Denis : le camp ADOMA du Fort de l’Est.

Les membres de la Voix des Rroms ont conduit M. Jarab ensuite au pseudo- « village d’insertion » du « Fort de l’Est » administré par l’ancienne SONACOTRA (Adoma) sur un site propriété du Ministère de la Défense situé sous les remparts du camp d’entraînement militaire dit Fort de l’Est à Saint-Denis.
Peu auparavant, ce site avait été visité, sous la conduite des gestionnaires eux-mêmes et des autorités locales, par M. Laszlo Andor, Commissaire Européen. Les membres de La Voix des Rroms ont contesté le rapport positif fait par M. Andor.
Là, le délégué régional pour l’Europe du Commissaire au Droits de l’Homme a pu vérifier par lui-même les descriptions faites par  La Voix des Rroms. Accompagné entre autres par un jeune membre de l’association résident du dit dispositif, M. Jarab s’en est vu refuser l’accès par les gardiens au prétexte que : « ici c’est chez Adoma », et que en vertu de sa réglementation autoritaire, nul autre que les « hébergés » n’était autorisé à pénétrer dans l’enceinte.


Saint-Denis : le Hanul, l’attente d’un avenir

Avant de reprendre le train pour Bruxelles, M. Jarab a visité le site dit « terrain Voltaire » où sont installés les hommes et les femmes qui occupaient jusqu’en 2010 le quartier du « Hanul ».
L’expulsion du Hanul à l’été 2010 a marqué la première opération très spectaculaire et très médiatisée de la séquence politico-médiatique, dite l’ « expulsion des Rroms par Nicolas Sarkozy », qui avait immédiatement succédé au Discours de Grenoble. Opération hypocrite et indigne contre laquelle l’ensemble de la classe politique de gauche s’était entièrement levée de concert avec la Commissaire aux  Droits de l’Homme de la Commission Européenne, Viviane Reding, les instances du Vatican, et déjà l'ONU (Le Comité contre la Discrimination Raciale – CERD).

Dans ce contexte, La Voix des Rroms était parvenue à convaincre les autorités locales, opposées à la politique du gouvernement d’exprimer par les faits et pour l’exemple cette opposition en protégeant les hommes, les femmes et les enfants du Hanul, de la rue. Un terrain fût alors mis à disposition par la mairie, puis un second, puis un troisième, ce dernier fourni par l’Etat grâce à l’action de la ville de Saint-Denis et de la Communauté « Plaine Commune ».
Trois ans après, ce projet est en suspens, les hommes et les femmes vivent cependant protégés des expulsions.

Jan Jarab a remarqué qu’ « il semble qu’il y avait là la base pour construire un travail social et politique nouveau, visant une vraie insertion dans la société, dans les emplois normales, le logement normal». 

Ne manque pour cela qu’un nombre de forces vives elles-mêmes dégagées des préjugés et des vielles méthodes qui ont jusqu’ici conduit les actions politiques les moins mal intentionnées, ainsi qu’une véritable volonté politique, c’est-à-dire du courage.


Conclusion :

Le 27 septembre dernier, Jan Jarab était de retour à Paris, pour participer, à l’Assemblée Nationale, à une journée organisée par la DIHAL et le préfet Alain Regnier, en présence du Défenseur des Droits Dominique Baudis. Cette journée visait à faire « le bilan de l’application de la circulaire du 26 Août 2012, concernant l’accompagnement de l’évacuation des campements illicites ».

Dans son discours pendant la journée, M. Jarab faisait remarquer alors qu’il est « inacceptable de dire que les Roms ne sont pas capables de l’intégration, quand on ne les a pas donné une vrai opportunité de s’intégrer. Je ne pense pas que les Roms préfèrent vivre dans un bidonville et collectionner les déchets s’ils ont l’opportunité d’avoir un logement normal et un travail normal.”

A la fin de cette journée qui rassemblait acteurs institutionnels et membres de la société civile, tous ont pu constater l’absence de résultat quant à l’action entreprise à l’initiative du premier ministre Jean-Marc Ayrault. La situation sur le terrain s'aggrave du fait de la politique d’évacuations de masse conduite par le ministre de l’Intérieur dans le plus grand mépris de la circulaire qu’il a aussi signée et dans le mépris de ses collègues du gouvernement et de son supérieur hiérarchique immédiat M. Jean Marc Ayrault.
Cette journée du 27 septembre s’est tenue par ailleurs dans un contexte d’une nouvelle poussée hystérique  d’antitziganisme au sein de la classe politique, largement provoquée par le Ministre de l’Intérieur, entretenue et excitée par l’ensemble des médias de masse, et diffusée ainsi, à la façon d’un poison dans l’ensemble de l’imaginaire public.
Que l’instrumentalisation du racisme antitzigane par la classe politique affaiblisse ou renforce les partis d’extrême droite  n’est pas une question.

L’instrumentalisation du racisme dégrade l’ensemble de la société française en faisant croître en son sein l’ignorance et la haine. L’instrumentalisation du racisme éloigne ceux qui gouvernent de leur mission fondamentale qui est, dans une période de difficultés économiques et sociales, de maintenir la cohésion entre tous et d’assurer à chacun les droits humains fondamentaux que sont l’accès au logement, à l’éducation des enfants, au travail, et à la santé pour tous.


La Voix des Rroms attend du système international de protection des droits de l’Homme une  pression constante, suivant ses moyens, en direction de la classe dirigeante de la République Française, afin que cesse dans les plus brefs délais le mécanisme d’exclusion radicale, d’un groupe racialement caractérisé, de la sphère des droits humains sur le territoire de France.

Dans les prochains jours, La Voix des Rroms entend donc saisir le Rapporteur Spécial de l’ONU pour les formes contemporaines du racisme, en lui demandant de faire un appel urgent envers la France.

La classe dirigeante française doit  se ressaisir et s’occuper de sa mission fondamentale : intégrer chacun aux droits humains universels, quelle que soit sa race, sa religion ou son genre. 

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mercredi 7 août 2013

20 jeunes de France ont visité les camps d'Auschwitz et de Birkenau

La voix des Rroms, en partenariat avec le réseau européen ternYpe des associations rroms de jeunesse, a participé du 31 juillet au 4 août 2013 à une rencontre internationale qui s'est déroulée en Pologne autour du thème du Samudaripen, le génocide des tsiganes. Venus de toute l'Europe, 450 jeunes, dont 20 conduits de France par La voix des Rroms, ont vécu des moments forts avec des conférences où intervenaient des survivants, des activistes mais aussi des représentants des institutions européennes. Lors des ateliers, les participants ont échangé sur leur implication et leurs actions tendant à faire reconnaître le Samudaripen et à combattre les politiques contemporaines de haine anti-rrom à travers l'Europe. La voix des Rroms a organisé un atelier intitulé « La souvenir du génocide à travers la célébration de l'insurrection », avec un groupe d'une trentaine de participants de plusieurs pays d'Europe. L'atelier présentait la Fête de l'insurrection gitane, organisée par La voix des Rroms à l'occasion de l'anniversaire du soulèvement des prisonniers du Zigueuner familienlager le 16 mai 1944, et la nécessité de toujours résister à l'oppression. C'est également dans ces termes que Zoni Weiss, survivant, a mentionné ce soulèvement sur le site même du camp des familles tsiganes lors de la cérémonie du 2 août, 69ème anniversaire de la liquidation des Rroms dans le camp de Birkenau.

C'est la première fois que des jeunes de France participent à un tel événement, qui fut pour chacun une expérience bouleversante, enrichissante et mobilisatrice. Pour parvenir à la réaliser, nous n'avons pu nous appuyer sur aucun soutien institutionnel, public ou privé en France. C'est surtout grâce aux nombreux dons d'anonymes ayant répondu à l'appel de notre association ainsi qu'à un soutien spontané du Conseil de l'Europe que ce voyage a été rendu possible.

  Entrée dans le camps de Birkenau des jeunes, portant le T-shirt avec l'inscription "Regarde et n'oublie pas" 
Entrée dans le camp de Birkenau 
(c) Yann Merlin @ La voix des Rroms
 
Invité à la cérémonie du 2 août, le président Hollande a regretté dans sa réponse à La voix des Rroms de ne pas pouvoir y participer, « tant il est conscient de l'importance de ne pas oublier le génocide dont les Rroms ont aussi été les victimes ». Tout en regrettant l'indifférence énigmatique des organismes français concernés par le devoir de mémoire, nous nous réjouissons de la position du chef de l'Etat, qui va dans le sens d'une reconnaissance du sort tragique fait aux Rroms au 20ème siècle. Nous espérons que cette position forte produira des conséquences concrètes dans les politiques de la France à l'égard des Rroms, des Gitans, des Manouches et de tous ceux qui, sur le sol français continuent à être discriminés et opprimés sous des appellations diverses et variées, telle que "gens du voyage".


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